Salut & Fraternité - N°94 - L’invention du sauvage

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Le café du commerce est une source inépuisable de transmission de lieux communs. Parmi ceux-ci, une phrase entendue récemment?: « Le racisme, c’est quelque chose de naturel?! Chacun a ça en lui. » Une attitude de rejet de l’Autre qui, dans la foulée, véhicule bon nombre de stéréotypes éminemment discutables.

L’exposition Zoos Humains. L’invention du sauvage s’attelle à démonter, de matière très didactique, ces stéréotypes en expliquant leurs origines. Le point de départ?: les grandes conquêtes et découvertes occidentales commencées dès le XVIe siècle, qui suscitent chez les conquérants le besoin de catégoriser le monde qui les entoure. De là naîtra une avalanche de poncifs encore véhiculés de nos jours que d’aucuns prennent pour argent comptant, hélas?!

Ce mépris organisé de l’étranger trouvera son apogée au XIXe siècle dans le phénomène des zoos humains où, sous couvert de faire découvrir au grand public d’autres populations et leurs coutumes, des êtres humains sont exploités et mis en scène. À une époque où les grandes puissances européennes, de surcroît, assoient leur emprise sur leurs colonies, leur sentiment de supériorité se renforce.

Ce numéro propose d’aborder l’aspect historico-anthropologique de la question, les facteurs qui ont permis au racisme de perdurer jusqu’à nos jours, avec une question ultime?: les zoos humains existent-ils encore aujourd’hui sous de nouvelles formes??

Quoi qu’il en soit, gardons constamment à l’esprit que le racisme n’est en aucun cas une fatalité. Juste une question d’éducation et de valeurs prônées.

robert moorPar Robert Moor,
Président du Centre d’Action Laïque de la Province de Liège

De la fin du XVe siècle au XVIe siècle, les grandes puissances européennes financent des voyages scientifiques, économiques et « missionnaires » qui vont permettre aux Occidentaux de « découvrir » notamment les Amériques, le Canada, l’Inde et l’Australie. Les explorateurs se confrontent aux populations locales et à leur aspect physique, leurs coutumes et croyances qui diffèrent évidemment des leurs. Ces humains « découverts » le sont-ils vraiment?? Durant près de quatre siècles et demi (1492-1960), ces temps de conquêtes du vaste monde consacreront la toute-puissance des États occidentaux qui conduira à la colonisation de nombreux pays. La Belgique n’y échappera pas — certes tardivement — avec le Congo belge, d’abord propriété privée du Roi Léopold II puis de l’État belge, à partir de 1908. Les Congolais seront traités comme des « sauvages » à qui notre pays apporte la « civilisation », via les industriels et missionnaires belges, les premiers très intéressés par les richesses minières et agricoles du Congo et les seconds par… l’âme de ces indigènes. Pendant des siècles, sous le joug des Occidentaux, ils seront jugés comme des êtres de races inférieures, aux mœurs étranges.

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pascal blanchardPar Pascal Blanchard,
historien, spécialiste du fait colonial et commissaire de l’exposition Zoos humains. L’invention du sauvage

Le phénomène des zoos humains recouvre une réalité à l’ampleur encore méconnue. Des exhibitions anthropozoologiques dans les jardins d’acclimatation au milieu du XIXe siècle jusqu’aux grandes expositions universelles, puis coloniales, au cours du premier tiers du XXe siècle, en passant par les freakshows, les « villages noirs » et les spectacles de cabaret et de théâtre, on estime à plusieurs dizaines de milliers le nombre de figurants exhibés en Europe, au Japon et en Amérique… et à plusieurs centaines de millions, le nombre de visiteurs qui iront à la rencontre des « sauvages » et des « monstres ».

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maarten couttenierPar Maarten Couttenier,
historien et anthropologue au Musée royal de l’Afrique centrale

Malgré le lien historique étroit entre la Belgique et le Congo, les premiers humains exposés dans les zoos humains venaient d’Amérique du Sud (14 Araucaniens dans le zoo animal du parc Léopold à Bruxelles) et d’Australie (sept Aborigènes au Musée
du Nord1).

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lilian thuramEntretien avec Lilian Thuram,
président de la Fondation Lilian Thuram – Éducation contre le racisme. Propos recueillis par Charlotte Collot

Ancien joueur de football professionnel, Lilian Thuram a créé en 2008 la fondation Éducation contre le racisme qui porte son nom. Il est le commissaire général de l’exposition Exhibitions. L’invention du sauvage, présentée au Musée du Quai Branly en 2011.

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jerome jaminPar Jérôme Jamin,
professeur de science politique à l’Université de Liège

Le préjugé est d’abord un jugement, une conviction produite par un individu ou un groupe avant même de disposer de la connaissance nécessaire pour se faire une opinion ou une idée en la matière. Face à une menace, à une situation que l’on ne contrôle pas ou que l’on ne comprend pas, le préjugé peut mobiliser du racisme ordinaire1, c’est-à-dire une association plus ou moins inconsciente d’éléments négatifs avec la couleur de peau, l’origine ou la culture d’un groupe d’individus.

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francois jostEntretien avec François Jost, directeur du laboratoire Communication Information Médias à la Sorbonne nouvelle Paris 3. Propos recueillis par Grégory Pogorzelski

François Jost est professeur en sciences de l’information et de la communication et directeur du laboratoire Communication Information Médias à la Sorbonne nouvelle Paris 3. Il a étudié la téléréalité de près et est l’auteur, entre autres, de Téléréalité (éditions Cavalier Bleu, 2007) et de L’Empire du Loft (éditions La Dispute, 2002).

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rafael cantillanaEntretien avec Rafael Cantillana, président de la Maison de la Laïcité de Trooz. Propos recueillis par Roland Remacle

Trooz?: Une maison de laïcité ouverte à toutes et tous?!

Idéalement située sur le site historique de La Fenderie, la Maison de la Laïcité de Trooz est un lieu de débats, de culture et de vivre ensemble. Mais elle est aussi, et surtout, un outil permettant de promouvoir les valeurs défendues par le mouvement laïque dans une commune où le tissu associatif laïque est présent depuis plus de 40 ans.

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Par Audrey Taets, coordinatrice du service Solidarité

Depuis le 22 février 2016, la nouvelle exposition permanente s’est ouverte à La Cité Miroir?: En Lutte. Histoires d’émancipation. Elle a d’ores et déjà accueilli plus de 1 800 visiteurs. Cette exposition nous rappelle que les conquis sociaux que nous connaissons aujourd’hui ne se sont pas imposés d’eux-mêmes mais résultent d’un rapport de force auquel nous sommes toujours intimement liés.

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Par Christophe Corthouts, délégué au service Animations

Entre le 3 et le 29 mai dernier, les cimaises de l’Espace Laïcité de Waremme ont accueilli pas moins de quatre expositions artistiques autour d’une seule et même thématique?: le corps. Notre corps. Cette enveloppe qui nous accompagne, nous fascine, nous dérange… et parfois nous lâche.

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Par Jacqueline Slepsow, délégué au service Animations

a violence est une réalité malheureusement omniprésente partout dans le monde, sous diverses formes et à des degrés divers. L’exigence fondamentale de la démocratie, comme projet politique correspondant le mieux à celui d’une société de liberté, de tolérance, de justice et de paix, est de construire une société libérée de l’emprise de la violence et dans laquelle les inévitables conflits de la vie quotidienne seraient résolus de manière pacifique.

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gilles boetschPar Gilles Boëtsch,
anthropobiologiste et directeur de recherche au CNRS (UMIESS – Dakar)

Parce que tout un chacun peut observer des différences morphologiques entre humains, on a pensé que cette variabilité était facilement mesurable, quantifiable et qu’elle pouvait constituer un objet d’étude pour la science. Les anthropologues physiques du XIXe siècle passeront une grande partie de leur temps à proposer des modèles classificatoires toujours plus subtiles et plus sophistiqués à partir d’arrangements morphologiques assez incongrus, chaque auteur montrant une ingéniosité particulière à privilégier tel ou tel caractère se limitant d’ailleurs à peu de chose?: la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, la stature et l’indice céphalique (rapport de la largeur à la longueur de la tête). Mais la classification des humains en entités « raciales » cohérentes sera un échec et critiquée par Charles Darwin de manière catégorique (1871). Avec la découverte de la génétique, un certain nombre de scientifiques ont pensé pouvoir utiliser les groupes sanguins (érythrocytaires puis HLA) comme marqueurs identitaires « raciologiques ». Mais ils produisirent une typologie encore plus rigide que celle proposée par la morphologie anatomique et la couleur cutanée dont s’emparèrent certains généticiens.

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lucienne strivayPar Lucienne Strivay, anthroplogue à l’Université de Liège

Les zoos humains tels que les occidentaux les ont conçus au XIXe et au-delà de la première moitié du XXe siècle ne sont pas le seul témoignage historique d’exhibition de personnes humaines dans des enclos au titre de curiosités biologiques. Un certain nombre de régimes forts, centralisés, impériaux, avaient déjà « collecté » des spécimens rares jugés aux frontières de l’animalité. Cependant, c’est leur échelle d’industrie du spectacle, de théâtre d’appropriation par l’entreprise politique et la connaissance qui en font un phénomène à ne jamais rayer de notre mémoire. Les grandes expositions coloniales et universelles drainent pédagogiquement plus d’un milliard de visiteurs et, significativement, elles accompagnent les guerres de conquête et d’exploitation.

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