sf100 HenriPenaRuizPar Henri Pena-Ruiz, philosophe

La laïcité est un principe de droit politique. Elle recouvre un idéal universaliste d’organisation de la cité et le dispositif juridique qui tout à la fois se fonde sur lui et le réalise.

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Le mot qui désigne le principe, laïcité, fait référence à l’unité du peuple, en grec le laos, telle qu’elle se comprend dès lors qu’elle se fonde sur trois exigences indissociables : la liberté de conscience, l’égalité de tous les citoyens quelles que soient leurs convictions ou leurs options spirituelles, et la visée de l’intérêt général, du bien commun à tous, comme seule raison d’être de l’État. La laïcité consiste à affranchir l’ensemble de la sphère publique de toute emprise exercée au nom d’une religion ou d’une idéologie particulière. Elle préserve ainsi l’espace public de tout morcellement pluriconfessionnel ou communautariste, afin que tous les hommes puissent à la fois s’y reconnaître et s’y retrouver. Cette neutralité confessionnelle se fonde donc sur des valeurs clairement affichées et assumées : l’État laïque n’est pas indifférent aux valeurs, puisqu’il incarne le choix simultané de la liberté de conscience et de l’égalité, et de l’universalité qui lui permet d’accueillir tous les êtres humains, sans privilège aucun accordé à un particularisme. Par le truchement de l’école laïque, cette liberté de conscience et cette égalité reçoivent la garantie fondatrice d’une instruction soucieuse d’émanciper le jugement. Il s’agit pour cela de lui donner les références culturelles qui l’affranchissent des puissances idéologiques dominantes et de leur emprise médiatique. L’autonomie de jugement et le pari sur l’intelligence constituent des valeurs décisives de la laïcité.

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La laïcité est un idéal qui vise à permettre aux personnes de vivre ensemble et de construire une société commune dans le respect des différences.

Le souci d’un espace commun aux hommes par-delà leurs différences est compatible avec celles-ci pourvu que leur régime d’affirmation ne porte pas atteinte à la loi commune, qui rend justement possible leur coexistence et conditionne ainsi la paix. Le « droit à la différence » ne peut être confondu avec la différence des droits. La loi de séparation de l’État et des Églises est le dispositif juridique constitutif de la laïcité institutionnelle, car elle seule garantit non seulement la liberté de conscience mais aussi la stricte égalité des divers croyants, des athées, et des agnostiques. Les hommes se distribuant aujourd’hui selon ces trois types d’options spirituelles, le principe laïque d’égalité est incompatible avec la moindre discrimination positive ou négative appliquée à la figure athée ou religieuse de la conviction spirituelle. L’invocation de la culture ou de la tradition, ou de facteurs supposés d’« identité collective » pour remettre en cause cette égalité en consacrant publiquement une option spirituelle plutôt qu’une autre serait illégitime. Elle reviendrait à privatiser la sphère publique, tout en faisant violence à la sphère privée de ceux qui ne jouiraient pas d’un tel privilège, dès lors que leur option spirituelle propre aurait un statut inférieur. Caractère aconfessionnel de la sphère publique et égalité dans la libre jouissance de la sphère privée sont en l’occurrence solidaires. La république laïque ne reconnaît pas d’autre sujet de droit que l’individu, seul habilité à choisir ses références spirituelles.

La laïcité exclut par conséquent tout privilège public accordé soit à la religion, soit à l’athéisme. Cette abstention, ou neutralité (du latin neuter : « ni l’un ni l’autre »), situe l’État, communauté de citoyens, hors de toute emprise confessionnelle. L’autolimitation de l’État, qui n’est plus arbitre des croyances, libère la sphère privée dans le champ éthique et spirituel. Marianne, la République démocratique et laïque, ne ressemble pas à César, pouvoir traditionnel de domination qui instrumentalise le cas échéant la religion tout en lui assurant le statut d’un credo obligé. La laïcité est un idéal dont l’originalité est qu’il permet à tous, croyants et athées, de vivre ensemble sans que les uns ou les autres soient stigmatisés en raison de leurs convictions particulières. Sa raison d’être consiste à promouvoir ce qui est commun à tous les hommes, non à certains d’entre eux. Elle n’est pas une nouvelle religion séculière, ni une option spirituelle parmi d’autres, mais la condition de possibilité d’une coexistence des divers croyants et des athées sur la base de la stricte égalité des droits.

 

sf100 sf42 42 Publié dans Salut & Fraternité  n° 42, Demain s’imagine aujourd’hui, 30 septembre 2002, p.2.

 

Cap sur l’inscription de la laïcité dans la Constitution

sf100 IrmaBindellePar Irma Bindelle, présidente (1998-2000)

J’aime beaucoup Henri Pena-Ruiz, un grand monsieur de la laïcité française qui, comme chacun le sait, n’est pas vraiment la même que la nôtre. Si la France est une République laïque (article premier de la Constitution), chez nous, en Belgique, la laïcité a pris une autre voie impulsée par le Centre d’Action Laïque. Les présidents successifs ont chacun marqué le mouvement de leur empreinte : Philippe Grollet a longuement milité pour la reconnaissance de la laïcité et son financement. Pierre Galand a donné une dimension plus sociale et internationale et Henri Bartholomeeusen, avec la nouvelle définition, a ouvert la laïcité au plus grand nombre. Je souhaite de tout cœur que cette dernière constitue un levier pour que la laïcité soit inscrite dans la Constitution belge. Et pourtant, transmettre des éclaircissements à ce propos à nos associations n’a pas toujours été aisé. Il y a encore un travail à faire pour expliquer la démarche ainsi que ses tenants et aboutissants.

Henri Pena-Ruiz explique par ailleurs que chacun a le droit de choisir sa référence spirituelle (ou pas), et je le rejoins : je suis favorable au respect de tous, religieux ou pas. L’inscription de la laïcité dans la Constitution nous donnerait également beaucoup plus de force pour défendre la neutralité de l’État, ce qui pourrait aussi donner un appui au travail des associations laïques présentes sur le terrain. Par ailleurs, cette potentielle inscription donnerait aussi du poids à la défense de l’école officielle. Cette bataille est loin d’être gagnée.

Cela dit, la loi de la reconnaissance de la laïcité a été une belle victoire ! C’était l’aboutissement d’un combat et j’en ai été très heureuse ! Nous avions longuement milité en ce sens. Maintenant, cap sur l’inscription de la laïcité dans le Constitution, avec, parallèlement un travail d’information envers nos militants.

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