Par Michel Bastien (texte réduit)

Le droit à l’éducation relève du droit normatif. C’est un droit créance qui s’impose comme une obligation aux États qui ont signé les Conventions relatives à ce droit.

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La source principale du droit à l’Éducation, c’est la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Celle Déclaration proclame « le droit à éducation » de « toute personne », par référence au droit fondamental à la « non discrimination ». La Déclaration précise que la fin première du droit à l’éducation est « le plein épanouissement de la personne humaine ».

Cette même Déclaration énonce d’autres finalités du droit à l’éducation : « renforcer le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales » et « favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le maintien de la Paix ». (…)

L’éducation aux droits de l’homme : un nouveau paradigme

La Conférence de Vienne de 1993 a particulièrement mis en évidence la dimension éthique de l’éducation aux droits de l’homme. Elle a adopté une « Déclaration et Programme d’action » affirmant que tous les droits de l’homme découlent de la dignité et de la valeur inhérente à la personne humaine, que la personne humaine est le sujet même des droits de l’homme et des libertés fondamentales et que, par conséquent, elle doit en être le principal bénéficiaire et doit participer activement à leur réalisation. Les États et les institutions sont invités par cette Conférence « à inscrire les droits de l’homme, le droit humanitaire, la démocratie et la primauté du droit au programme de tous les établissements d’enseignement ».

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Dans le monde, l’éducation reste un enjeu essentiel de progrès.

Cette affirmation de la primauté de la personne humaine signifie que l’éducation ne peut plus être pensée à partir des intérêts d’un État, d’une idéologie, d’une ethnie, d’une religion ou d’une secte, mais plutôt à partir des besoins et des droits fondamentaux des titulaires du droit à l’éducation. Les États, les Églises, les classes dirigeantes, groupes sociaux ou ethniques, les parents n’ont pas le droit de s’approprier le droit à l’éducation des enfants et de le détourner de sa finalité première. Le droit à l’éducation est un droit inaliénable qui appartient de plein droit à ses titulaires.

Outre la proclamation et la reconnaissance du droit à l’éducation pour tous, selon le principe fondamental de non discrimination, l’éthique du droit à l’éducation a une implication directe sur la pédagogie et l’organisation scolaire. Elle suppose une rupture avec la pédagogie frontale, transmissive, restitutive au profit d’une pédagogie humaniste qui implique le respect de droits fondamentaux des individus (liberté d’information, de pensée, d’opinion, d’expression,...). Ce virage suppose la pratique d’un véritable dialogue pédagogique qui a pour effet, en restituant à chacun le droit à la parole, de permettre l’intrusion de l’autre, du différent dans la relation pédagogique. C’est la manière la plus radicale pour instaurer dans l’esprit de chacun le fait fondamental que « mes droits de l’homme », c’est aussi et surtout « les droits de l’autre Homme ».

Ce dialogue moi-autre, homme-homme, est la communication la plus antidogmatique, la plus ouverte, et aussi la plus humanisante qui soit. D’autant plus humanisante que l’autre est différent par le sexe, l’âge, la culture, le comportement, les opinions ou les croyances. Éduquer aux droits de l’homme, c’est passer du concept de « dialogue pédagogique traditionnel » qui est souvent monologue et propos ex cathedra à une réelle « pédagogie dialogique, active et différenciée », inspirée par les pionniers de l’École Nouvelle (Cousinet, Pestolazzi, Montessori...) et par la pédagogie humaniste en général (Rogers, Maslow, Kohlberg, ...).

Une telle approche « droit de l’Homme » de l’éducation, aboutit donc à un nouveau paradigme selon lequel l’éducation n’est plus centrée sur des intérêts particuliers (état, église, ethnie, famille,...), mais, et c’est là que réside l’universalité des droits de l’homme, sur le respect de chaque être humain et la reconnaissance de leur capacité d’accéder, par l’éducation, à l’autonomie, à la responsabilité et à la réciprocité des droits et obligations.
Dans ce nouveau paradigme du droit à l’éducation, il n’y a pas des États et des sujets, des majeurs et des mineurs, des enseignants et des élèves, des parents et des enfants mais des personnes égales en dignité et en droits.

La source de la légitimité de l’éducation n’est donc ni la raison biologique de la famille, ni la raison politique de l’État, ni la raison religieuse de telle confession, mais la raison éthique de la personne titulaire du droit à l’éducation laquelle limite aujourd’hui la toute-puissance étatique, religieuse, ethnique ou parentale.

En conclusion, si les droits de l’homme sont universels, indivisibles et interdépendants comme l’a rappelé la Conférence Internationale à l’éducation qui s’est tenue à Genève en octobre 1994, leur mise en œuvre doit tenir compte de considérations historiques, culturelles et économiques en ce sens, universalisation ne signifie pas uniformisation. Le défi qui se présente à nous est d’affirmer l’universalité des droits de l’homme en ancrant ces droits dans toutes les différentes traditions culturelles.

Il s’agit, par l’éducation, d’harmoniser l’universalité éthique proclamée par le droit international avec la diversité culturelle qui s’impose comme un fait. Il s’agit de préserver la possibilité d’accès à l’universalité dans le respect de la pluralité de l’humanité. Il s’agit de créer un nouvel espace culturel permettant d’accéder à la possibilité d’un « vivre ensemble dans la paix ».

La seule alternative qui s’offre au genre humain auquel nous appartenons tous est soit d’affirmer nos particularismes, de dresser des frontières et d’enseigner la haine et la terreur, d’inciter à la violence ; soit de tenter de créer ce « vivre ensemble dans la paix » qui mette en commun ce qui nous rassemble, ce qui est commun au genre humain, tout en permettant la naturelle expression de nos différences, de nos diversités, de nos richesses culturelles.

Chaque être humain, chaque peuple a droit à son identité culturelle et par-là à sa différence culturelle. Mais toutes les particularités culturelles ne sont pas incompatibles avec l’éthique universaliste des droits de l’homme.

Si les droits de l’homme ont une dimension culturelle, un être humain ne peut être l’otage d’une culture particulière. L’identité culturelle est une racine et non une frontière.

 

sf100 sf26 1998Publié dans Salut & Fraternité  n° 26, Le droit à l’éducation : un défi pour demain, 30 septembre 1998, p.4.

 

L’éducation, un droit à construire ses identités humaines

sf100 BernadetteRasquinPar Bernadette Rasquin, présidente (2012-2014)

« Un être humain ne peut être l’otage d’une culture particulière. L’identité est une racine et non une frontière. » Je trouve très belle cette façon définir l’identité. Parler de racines peut faire penser à un emprisonnement, mais la racine est surtout un élément qui nourrit et permet de grandir en se transformant. Les identités aussi, c’est quelque chose qui nous nourrit et nous avons tous plusieurs facettes. Elles se forgent avec le temps, les circonstances, les rencontres… Ce sont les expériences de vie qui font ce que nous sommes, l’école fait partie de ces expériences.

Mais je pense aussi que notre manière de nous forger doit se faire en accord avec notre société démocratique, les codes des lieux où l’on se trouve. C’est dans ce sens que va ce droit à l’éducation : il protège tant l’individu qui veut se réaliser en désaccord avec sa culture d’origine que les particularismes d’une culture face à la population en général. Ce n’est possible que si l’on reconnaît le droit civil pour tous. Au fond, on en revient à la notion de laïcité. La neutralité de traitement protège l’individu quelles que soient ses convictions à la condition que le droit civil l’emporte sur toutes les prérogatives culturelles ou religieuses.

C’est pourquoi la phrase suivante, tirée du droit humain à l’éducation, m’interpelle : « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ». Que faire quand l’éducation voulue s’oppose aux droits démocratiques ? Quand elle isole les enfants de la société plus qu’elle ne les fait participer ? Si cette éducation s’oppose à des principes comme l’égalité entre les hommes et les femmes, ou la liberté de pensée et d’expression, j’ai des difficultés à l’accepter. De même quand les traditions festives sont refusées par les enfants qui ne peuvent pas participer aux anniversaires de leurs camarades de classe ! Faire entrer la religion, les traditions dans les écoles finit par créer des tensions, et ces tensions à leur tour créent des petites communautés, des rejets….

Et malheureusement, en dépit du nouveau cours de philosophie et citoyenneté, l’école continue à diviser les élèves selon les confessions religieuses. Quelle que soit la pédagogie de l’établissement, aussi active ou nouvelle soit-elle, la situation perdure. C’est toujours une revendication essentielle de sortir les cours de religion de l’école.

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